Mais il craint encore davantage, «s'il est un timide amant du vrai,» de perdre sa vie dans la postérité:

E s'io al vero son timido amico.
Temo di perder vita tra coloro
Che questo tempo chiameranno antico.

Cette question de Dante à Cacciaguida: Les droits de la justice ou les devoirs de la bienveillance doivent-ils l'emporter dans les témoignages que chacun de nous porte au tribunal de la conscience publique? Doit-on confesser la vérité, même cruelle à autrui, ou bien serait-il mieux de l'ensevelir dons un miséricordieux silence? cette question, une des plus délicates de la vie morale, est tranchée dans le sens le plus hardi par «une intelligence et une volonté droites, et qui aiment.»

Che vide e vuol dirittamente, ed ama.

Assurément, dit Cacciaguida à Dante, ta parole portera le trouble dans plus d'une conscience; mais quoi qu'il en soit, écarte tout mensonge et manifeste toute ta vision:

Ma nondimen, ranossa ogni menzogna.
Tutta tua vision fa manifesta.

Et il résume son opinion par une de ces sentences proverbiales, par une de ces images triviales et cyniques qui abondent dans les livres saints:

E lascia pur grattar dov'è la rogna.

Puis, relevant aussitôt et sa diction et sa pensée: «Ce cri de ton cœur, dit Cacciaguida à Dante, fera comme le vent qui assaille avec le plus de fureur les cimes les plus hautes. Et ce ne sera pas pour toi un honneur médiocre.»

Questo tuo grido farà come vento
Che le più alte cime più percuote.
E ciò non fia d' onor poco argomento.