DIOTIME.

J'en ai pris note précisément à propos de la Comédie; la voici: «L'esprit qui vivifie, dit M. Littré, c'est la combinaison du savoir humain avec la morale sociale, afin que tout ce que l'humanité acquiert de vrai s'applique à développer tout ce qu'elle a de bon.» Seulement M. Littré considère cette combinaison comme «nouvelle dans le monde,» et en cela je ne saurais être entièrement de son avis, car le désir de la voir se réaliser est le mobile principal qui fait écrire à Dante le poëme sacré dont il dit que le ciel et la terre y ont mis la main, et cette combinaison se trouve, avant la Comédie, dans l'idée génératrice du Tesoretto de Brunetto Latini; elle est au fond de tous les essais d'encyclopédie qui ont été faits en divers temps; seulement elle a acquis de nos jours, en se vulgarisant, une puissance d'expansion toute nouvelle.

Dante voit dans l'aigle lumineuse les âmes de Constantin, d'Ézéchias, de
Guillaume le Bon, roi de Sicile; aux deux côtés du roi David, Trajan et
Riphée.

MARCEL.

Et il oublie de mettre, dans l'astre de Jupiter, son prêtre fervent,
Julien?

DIOTIME.

La légende n'autorisait pas Dante à sauver l'apostat, mon cher Marcel. Elle ne lui était pas favorable, tandis que pour Trajan, elle supposait que, après cinq siècles de séjour en enfer, il en avait été tiré par les prières du pape saint Grégoire; et notre poëte, avec saint Thomas, complète la légende, pour la mieux conformer aux doctrines de l'Église, en supposant à son tour que le grand empereur, revenu sur la terre, y a confessé Jésus-Christ et mérité le ciel.

Quant au Troyen Riphée, de qui Virgile a dit:

Justissimus unus
Qui fuit in Teucris et servantissimus æqui,

Dante le baptise de ce baptême de désir que l'Église accordait aux païens vertueux, parce qu'ils avaient pressenti obscurément, disait-elle, la rédemption chrétienne.