—Je ne m'ennuie pas, mon père. Et la main de Nélida, glacée quand le confesseur l'avait prise, devenait moite; son pouls, à peine senti d'abord, battait avec violence. Le prêtre crut comprendre.
—Vous avez peut-être, mon enfant, dit-il en ralentissant sa parole et en baissant la voix, quelque préférence, quelque inclination secrète? Auriez-vous fait un choix que vos parents désapprouvent?
—Oh non, mon père, s'écria Nélida avec vivacité; l'idée d'être soupçonnée d'un sentiment coupable lui rendait tout son courage: on veut me marier, mon père.
—Eh bien, ma chère fille, dit le confesseur avec un petit sourire à demi-malicieux et en serrant la main qu'il tenait toujours, je ne vois rien là de fort affligeant; surtout si, comme je le pense, il s'agit d'un mariage convenable, tel que vous pouvez prétendre à le faire.
—On veut me faire épouser le fils du duc de Valmer, que je n'ai jamais vu, dit Nélida.
—C'est un fort grand seigneur, reprit le père Aimery sans faire attention à la dernière partie de la phrase. Il a une fortune considérable, dit-on. Eh bien, ma chère fille, je vous fais mon compliment bien sincère. Vous le voyez, la Providence est toujours juste; elle vous récompense comme nos prières le lui demandaient chaque jour et comme vous méritez de l'être, car vous êtes une bonne et pieuse enfant, Nélida.
—Mon père, reprit la jeune fille avec hésitation et en retirant involontairement sa main de la main du prêtre, est-il donc bien, est-il permis d'épouser un homme que l'on ne connaît pas?
—Mais M. de Valmer n'est pas un inconnu, reprit le père; il a dû être facile de prendre des renseignements, et je suppose que madame votre tante n'a pas négligé de s'enquérir…
—Mais moi, interrompit Nélida, je ne l'ai jamais rencontré, mon père; je ne connais pas même son visage.
—On ne dit pas qu'il soit mal fait de sa personne, qu'il ait quelque vice qui repousse?