—Ou bien, ma mère, ne jamais vous quitter, ne jamais voir le monde; prendre le voile.

—Gardez-vous d'une telle démence! s'écria la supérieure d'une voix vibrante.

Nélida la regarda avec surprise.

Vous pensez donc, ma mère, que je ne suis pas digne…

—Enfant, reprit mère Sainte-Élisabeth, sans lui laisser le temps d'achever, vous ne savez pas ce que c'est que la vie du cloître! Et elle fit à la jeune fille, qui se suspendait à sa parole, un tableau si morne, si désolé, si pathétique et si profondément vrai de la vie claustrale, de sa monotonie, de ses dégoûts, de ses petitesses inévitables, que l'enfant frissonna et qu'une question bien simple, mais à laquelle la religieuse n'avait pas songé sans doute, vint à ses lèvres:

—Vous êtes donc bien malheureuse, ma mère?

Mère Sainte-Élisabeth tressaillit des pieds à la tête.

—Je suis ce qu'il plaît à Dieu, répondit-elle en se levant brusquement, peu importe. Mais, mon enfant, il est insensé à moi de vous faire veiller ainsi; votre tête s'exalte, votre corps s'épuise, vous vous forgez des chimères. Demain il faudra voir le père Aimery et vous mettre, plus entièrement encore que par le passé, sous sa direction. C'est un homme plein de sagesse et de prudence; il saura mieux que moi vous donner des conseils salutaires et rendre la paix à votre âme inquiète.

Disant cela, mère Sainte-Élisabeth s'achemina vers la porte de la cellule, en faisant signe à Nélida de ne pas la suivre.

Ni l'une ni l'autre ne put trouver un instant de sommeil pendant le reste de la nuit.