Pendant cette conversation, Nélida achevait de donner des ordres pour son prochain départ. Au moment où elle y songeait le moins, sa porte s'ouvrit et elle vit entrer M. Bernard.
—Soyez le bienvenu, s'écria-t-elle en courant à lui; je vous attends, vous me trouvez prête, mon dernier combat est livré, j'ai hâte de partir.
Le visage pâle de M. Bernard, la profonde altération de ses traits, épouvantèrent madame de Kervaëns.
—Juste Dieu! s'écria-t-elle, qu'y a-t-il? Serait-il arrivé quelque malheur? Claudine…
—Claudine va bien, dit M. Bernard en reconduisant Nélida jusqu'à son fauteuil où il l'obligea de s'asseoir; mais rassemblez toutes vos forces, madame, une nouvelle épreuve vous est réservée…
—Bonté divine! s'écria madame de Kervaëns en cachant son visage dans ses deux mains. Encore!
—La main de Dieu s'appesantit sur celui que vous avez aimé, madame; depuis un mois il est gravement atteint…
—Où est-il? conduisez-moi vers lui, hâtons-nous, dit Nélida qui jetait avec égarement sur ses épaules son manteau de voyage…
—Madame, dit M. Bernard avec le sang-froid qui ne l'abandonnait jamais, ma voiture est en bas, et je suis à vos ordres… Mais il est de mon devoir de vous faire réfléchir à ce que vous allez faire… la route est longue… d'après les détails qu'on me donne, il reste bien peu d'espoir…
—Partons! dit Nélida.