Et ce n'est pas seulement le départ de la dame de l'église qui sollicite l'effusion de son lyrisme: nous voyons encore la mort d'une femme jeune et belle lui inspirer des accens non moins émus.[1] Et plus tard enfin les témoignages de compassion sympathique qu'il recevra de deux beaux yeux rallumeront en lui toutes les visions de l'amour brisé.[2]

Il semble que, dans ce grand poème en l'honneur de Béatrice, il ait tenu à ce que certains souvenirs, tendres ou charmans, eussent aussi leurs strophes à eux, comme des figures secondaires viennent orner les soubassemens d'un monument élevé à une gloire qu'on a voulu immortaliser.


On s'est beaucoup occupé de cet éloignement de Florence qui devait séparer Dante, pour un temps plus ou moins long, de l'objet constant de ses pensées. Ce n'était certainement pas une partie de plaisir qu'il faisait avec de nombreux (molti) compagnons, mais une obligation qu'il subissait à contre-coeur, et où, jeune homme de vingt ans, il emportait les pensées obsédantes et mélancoliques d'un amoureux contraint s'éloigner d'une maîtresse adorée. J'emprunte au Prof. del Lungo des détails intéressans au sujet de cet incident sur lequel, suivant son habitude, le poète laisse planer une obscurité toujours difficile à éclaircir.[3]

Il y avait à Florence une organisation militaire que les occasions ne manquaient pas de mettre en jeu, qu'il s'agit de se porter au secours de voisins alliés ou de régler des contestations avec des voisins hostiles.

Lorsque la Commune avait décidé quelque expédition de ce genre (di fare le oste), on sonnait le tocsin sur la cloche de la Commune, les boutiques se fermaient, les citoyens et les villageois de quinze à soixante-dix ans s'inscrivaient sur des listes de cinquante noms chacune. Une partie devait prendre la campagne, et l'autre rester à la garde de la ville, en payant (pagando). Et l'on formait un ou plusieurs corps de 200 hommes qui montaient à cheval, escorté chacun d'un compagnon bien armé et d'un cheval équipé; on déployait les enseignes et l'on entrait sur le territoire ennemi (qui n'était généralement pas très éloigné).

Ce fut donc à une expédition de ce genre que Dante dut prendre part. Quelle fut cette expédition, que M. del Lungo rapporte à l'année 1288? Quels en furent le caractère, la destination et la durée? C'est ce qu'il ne lui a pas été possible de déterminer, malgré de patientes recherches parmi les souvenirs et les actes officiels de cette époque. Ce n'était là quelquefois que de simples démonstrations. Était-ce le cours de l'Arno que suivait le corps dont Dante faisait partie? Quoi qu'il en soit, son éloignement de Florence ne paraît pas avoir été de longue durée.[4]

NOTES:

[1] Chapitre VIII.