[5] Le tour que prend le poëte pour maltraiter Boniface VIII est fort ingénieux. Il faut toujours se rappeler que Dante suppose qu'il fit son poëme en 1300, époque où Boniface VIII siégeait encore, puisqu'il ne mourut qu'en 1303. Mais le poëte ne l'ayant réellement achevé que sous le pontificat de Clément V, successeur de Boniface, il peut prédire ici ce qui lui plaît sur des événements déjà arrivés.

[6] Le pape qui parle est Nicolas III, de la famille des Ursins ou des Oursins. Il aima ses neveux jusqu'au scandale, et leur prodigua les trésors de l'Eglise. C'est un de ceux qui ont le plus travaillé à l'élévation de la tiare et à l'avilissement des couronnes. En disant: Un menteur horoscope nous trompa tous deux; il fait entendre au Dante que les astrologues du temps lui avaient promis à lui et à Boniface un plus long règne.

[7] C'est de Clément V dont nous avons déjà parlé qu'il s'agit ici. Il était le sujet et la créature de Philippe le Bel, et c'est de concert avec ce prince qu'il détruisit l'ordre des Templiers. On sait que ce pontife transporta le siége à Avignon pour se dérober aux troubles dont la ville de Rome était déchirée. Il a été fort maltraité par tous les historiens d'Italie.

[8] Ce Jason était frère d'Onias. Il obtint le grand pontificat de Jérusalem à prix d'or, par la protection d'Antiochus, roi de Syrie.

[9] Saint Mathias fut choisi à la place de Judas, pour compléter le nombre de douze. Il n'est peut-être pas inutile de dire que cet apôtre fut tiré au sort.

[10] Charles d'Anjou, frère de saint Louis, roi de France, et roi lui-même de la Pouille et de la Calabre, refusa hautement sa fille au neveu du pape Nicolas III. «Quoiqu'il ait la chaussure rouge, disait ce prince, son sang n'en est pas devenu plus digne de se mêler à celui de la maison de France.» Jamais l'orgueilleux pontife ne put lui pardonner cet affront: il se servit de tous les biens de l'Eglise pour faire la guerre à Charles, et le dépouiller de ses royaumes.

[11] Application de l'Apocalypse. L'Eglise a perdu son éclat, quand son chef a perdu ses vertus. On dit que les sept têtes représentent les sept sacrements; et les dix cornes ou rayons, le décalogue.

[12] Le poëte suit ici l'opinion vulgaire, que Constantin, en se convertissant, donna à l'Eglise le patrimoine qu'on appelle de Saint-Pierre. Arioste assure qu'Astolphe trouva l'original de cette donation dans le royaume de la Lune.

CHANT XX

ARGUMENT