Ainsi parlait ma bouche avec amertume; et, soit repentir ou désespoir, les pieds du fantôme et ses genoux frémissants se heurtaient sans relâche.
Cependant mon guide avait écouté d'une oreille satisfaite ces dures vérités; et bientôt, me soulevant et me portant dans ses bras, il suivit le premier sentier qui remontait sur les roches d'un nouveau pont. Du haut de sa voûte hardie, où la biche légère n'eût pas gravi sans effroi, nous embrassâmes d'un coup d'oeil l'ample sein de la quatrième vallée.
NOTES
SUR LE DIX-NEUVIÈME CHANT
[1] Simon le magicien voulut acheter des apôtres le don des miracles, bien qu'il eut lui-même de fort beaux secrets. On a appelé depuis simoniaques tous ceux qui ont trafiqué des choses spirituelles.
[2] Les anciens fonts baptismaux de Florence étaient, comme le dit l'auteur, percés de trous ronds, dans lesquels, sans doute, les prêtres plongeaient les enfants qu'ils baptisaient. Je me figure que ce marbre percé de trous, et qui recouvrait les fonts, était comme une table fort mince, puisque le poëte raconte, en parenthèse, qu'il fut un jour obligé de briser une de ces ouvertures pour dégager un enfant qui s'y noyait; sur quoi ses ennemis l'accusèrent d'irréligion. On n'a point traduit les trois vers qui contiennent ce fait, parce qu'ils coupaient désagréablement et ralentissaient la rapidité de cette description. J'ai lu quelque part que les fonts baptismaux de Saint-Marc à Venise avaient eu la même forme. Les fourneaux de nos cuisines peuvent, je crois, en donner quelque idée. Il est fâcheux de rencontrer dans un poëte des comparaisons tirées d'objets qui n'existent plus, parce qu'alors on est obligé d'en chercher d'autres pour expliquer les siennes.
[3] Ce supplice des âmes fichées dans leur trou, la tête en bas (pour désigner leur oubli des choses célestes et leur attachement à la terre), rappelle ce vers de Perse:
Ô curvae in terris animae, et coelestium inanes!
Cette forêt de jambes et de pieds allumés est une imagination fort extraordinaire: mais ce qui doit surtout nous étonner, c'est que les papes aient accepté la dédicace d'un poëme où ils sont si maltraités. Le discours de Nicolas III, et la vive sortie que Dante fait contre lui et ses pareils, est un morceau très-éloquent, et dut produire un grand effet en Italie. Ce pontife, croyant parler à Boniface VIII, dit au poëte: Te voilà debout; expression remarquable, parce que, pour un pauvre malheureux pendu par les pieds depuis si longtemps, le suprême bonheur était d'être debout.
[4] Autrefois on enterrait vifs les assassins, en le jetant la tête en bas dans une fosse. Le confesseur était forcé à l'attitude que Dante lui donne ici, pour entendre les dernières paroles du patient.