Il me laisse réfléchir à loisir. Au fond, il pige bien la situation.
— O.K. ! Maresco, dis-je. Puisque vous le prenez sur ce ton, je rends mes billes.
Il sourit.
— Ça n’est pas pour le fric. Gardez-le, je ne bouffe pas de ce bread-là. Je suis un con à l’ancienne mode, un de ces bons vieux cons comme on n’en fait plus qu’en Europe, Maresco. L’Europe, le temps ne vous en dure pas ?
Il lisse ses cheveux grisonnants.
— Il n’y a pas d’Europe, dit-il. Il y a partout des gens à briser et de l’argent à empocher. Tout le reste, c’est pour les poètes.
— Vous permettez que je note ça sur mon carnet ?
— Alors, vous partez ?
— Je pars… Je cède à la menace. Dans ce putain de bled, je n’ai pas d’armes pour lutter. Mais croyez que je regrette. Je serais parvenu à élucider le mystère des taxi-girls assassinées. Car, pour moi, c’est un mystère. Je sais qu’elles n’ont pas été butées sur votre ordre, mais je sais aussi que vous tenez à ce que le criminel ne soit pas arrêté. C’est assez marrant, au fond. Et vous, sachant que je sais cela, vous préférez me voir de l’autre côté de l’océan Atlantique. Dans un sens, vous êtes fair-play.
Il lisse ses cheveux. C’est son tic favori.