Il est sentencieux, sévère.
— Une chambre ! Dis-je.
Il me conduit à la réception et je m’explique. Deux minutes plus tard, je prends possession d’une crèche qui est un véritable bijou : cosy, bar à liqueurs, salle de bains, etc.
Je déballe mes fringues, puis je me dessape et je prends une douche glacée. Ensuite, j’inventorie la cave à liqueurs, mais tous les flacons sont factices. Comme je n’aime pas ces plaisanteries, je sonne le garçon d’étage et, lui collant dans les pognes une bouteille de whisky bidon, je lui dis de m’amener dare-dare le modèle vivant !
Il s’exécute.
Je n’arrive pas à retrouver mon équilibre ; pourtant, j’aurais pu venir dans ce pays à l’époque de la prohibition, ç’aurait été moins marrant !
Vautré sur le plume, en peignoir de bain, un verre de rye à portée de la patte, je me mets à compulser le dossier des taxi-girls bousillées.
Comme vient de me le dire Grane, elles ont toutes les sept été tuées de la façon la plus discrète qui soit. Comme disait un pote à moi : « Si c’était pas de leur cadavre, on s’en serait même pas aperçu. »
Deux sont mortes dans la rue, d’un coup de couteau ajusté en plein cœur, trois ont fini leurs jours dans leur piaule avec une praline dans la calbombe, une est clamsée dans un taxiphone, étranglée, et une a été trouvée la gueule dans sa baignoire. Toutes les sept avaient dans une main le fameux morceau de papier.
J’examine les photos ; elles sont très variées. Les adresses n’offrent aucune similitude non plus. Perplexe, je me gratte l’occiput. Il en a de bonnes, le boss, de me déléguer dans ce bouzin alors que je ne parle ni n’entrave le ricain. Je vais avoir bonne mine, moi ! Pas moyen de poser des questions. Et un guide à la paluche pour me diriger ! Ah ! Il est mimi, l’enquêteur.