Il tient à la main un livre truqué sans doute, ce qui renforce son air austère. Au fond, c’est ce bouquin qui complète sa ressemblance avec un clergyman. Ça lui fout l’air intellectuel constipé.

Il entre dans le bar d’une démarche solennelle. Puis il disparaît.

Moi, j’hésite à entrer derrière lui. Tout compte fait, j’y renonce ; le barman me connaît et il pourrait vendre la mèche même sans le vouloir, car l’autre endeuillé doit avoir l’œil vif.

J’attends un instant… Puis je descends de carriole. A ce moment-là, une belle souris débarque d’un taxi et plonge vers le bar en remuant du culbuteur. Mon petit doigt me dit que c’est une poufiasse qui vient au rambour pour chercher le fameux livre.

Et je ne me goure pas. Passant devant la lourde, je les aperçois, tous les deux, installés à une table devant deux verres de Coca.

Je reviens à ma bagnole.

Je suis perplexe.

Et je le suis parce que j’hésite sur la conduite à adopter. En somme, deux pistes se présentent. J’ai à ma disposition le « clergyman », d’une part, c’est-à-dire l’élément le plus important, et la souris avec qui il parle, d’autre part.

Seulement, lui, peut-être ai-je intérêt à le ménager, car il doit se méfier. Si je rate mon entrevue avec sa pomme, il sera paré et je pourrai toujours lui chanter le premier acte de Manon, je serai marron. Alors qu’en questionnant la fille, j’en apprendrai peut-être assez pour le cravater sérieusement. D’autant plus que, lui, je sais où l’épingler, puisqu’il vient tous les soirs ici.

Bon, c’est dit, je me charge de la fillette.