Je biche doucettement le lampadaire. C’est une tige de bois. Elle se dévisse en son milieu. Je me mets donc à la dévisser. Bientôt, l’objet est en deux morceaux, seulement reliés par le fil électrique passant à l’intérieur.
Du moment que le lampadaire est éteint, c’est que le jus n’y est pas. Vous êtes d’accord ? Je saisis un cendrier de verre posé sur la tablette du divan. Je le tortille dans ma couverture et je le casse. Ça se passe sans bruit. Je chope le plus gros tesson de verre et je l’utilise comme une lame pour trancher le fil électrique. J’y parviens très aisément. Lentement, je fais remonter la boucle de la menotte et je la dégage. Dick ronfle toujours.
Je retiens ma respiration pour ne pas perdre le moindre bruit. Je me glisse hors du divan et je rampe sur la carpette dans la direction du dormeur. Le jeu consiste simplement à le neutraliser sans éveiller le copain qui occupe la chambre voisine dont la porte de communication est ouverte.
Heureusement, une enseigne lumineuse filtre à travers le store. Elle tombe juste sur la face du costaud.
Je me mets droit devant lui. Je prends bien mon temps, comme font les forts à bras de village qui veulent enregistrer leur force sur les punching-balls à cadran.
Je serre mon poing droit, je bande mes muscles ; je me cale bien sur mes jambes, de profil, et puis, vlan !
Parole, c’est le plus beau taquet de ma vie. J’en ai balancé des chouettes, mais une livre avec os de cette ampleur, le grand Sugar n’en a jamais dépêché de semblable !
Mon poing explose sur la tempe de Dick. Il ne pousse pas un cri. Son ronflement déraille et s’achève pas un ridicule reniflement. Il part en avant et je le redresse d’un coup de genou sous le menton. Comme ça, il a le bon poids et ne peut écrire une lettre de râlage à la direction… Groggy, qu’il est, le biscoteux. Quand il se réveillera, dans une demi-journée, il aura l’impression d’avoir reçu l’Everest sur le coin de la figure. Une confiture de marron pareille, ça vous change les idées pour un bout de temps !
Et tout ça s’est déroulé sans bruit. Enfin, avec le minimum !
Je masse de ma main gauche mes phalanges endolories, puis, lorsque je parviens à refaire jouer mes articulations, je fouille les vagues du mec pour récupérer la clé des poucettes.