Ils ont de drôles de stylographes, les huissiers de Maresco, vous pouvez me croire. Des stylos de calibre 45, pour un mec qui est rangé des voitures, c’est assez cocasse ; il est vrai que nous sommes en Amérique, un bled où il ne faut s’étonner de rien. Enfin, le bignou grésille. Il décroche et grogne :
— Hello !
Il écoute religieusement, secoue la tête, et raccroche.
— This way, please ! Me jette-t-il.
Il me fait entrer dans un ascenseur qui ressemble à un salon. L’intérieur est tendu de peau de suède beige et une banquette bleue attend les postères fatigués.
Mais ça ne vaut pas le coup de s’asseoir, car ces vaches d’ascenseurs vont à des allures impressionnantes. Vous n’avez pas retiré votre doigt du bouton que déjà vous êtes arrivé.
Nous marchons sur un tapis moelleux comme une tranche de pudding et un zig costaud, vêtu d’un complet marron et cravaté de jaune, s’interpose. L’huissier me confie à lui. Le nouveau gnace mesure dans les deux mètres et, lui aussi, a le costard gonflé à gauche. Peut-être, après tout, qu’ils ont le cœur dilaté, dans la baraque.
Il garde son chapeau sur la tête et mâche de la « gum ». Voir encore une fois au cinéma de votre quartier !
Nous passons deux portes. Puis c’est un bureau comme je n’en ai encore jamais vu, même au ciné.
Si une bombe tombait sur le Palais des Sports, Bénaïm pourrait organiser ici ses réunions de boxe. Cette pièce tient toute la superficie de l’immeuble. D’immenses fenêtres l’éclairent largement. A l’extrémité, c’est arrangé en bar luxueux. Au milieu se trouve un meuble couvert de peau de suède — Maresco a dû faire un vœu ! — et cerné de fauteuils qui ressemblent à un troupeau d’éléphants.