Dans la pièce voisine se trouvait un grand bureau métallique et un immense fichier. Entre les deux était assis un homme assez bizarre, qui ressemblait à un plombier zingueur. Il était petit, lent, gris, avec un visage de clown démaquillé et des yeux épais comme de la confiture.
Lorsque je suis entré, il s’est levé à demi, a esquissé une courbette comme les pompistes de chez Shell après qu’ils ont fini de donner un coup de peau de chamois à votre pare-brise, et il a dit en me désignant une chaise :
— Très heureux de vous connaître, monsieur San-Antonio. Soyez le bienvenu. C’est la première fois que vous venez à Chicago ?
Il a débité tout cela sans respirer en tirant d’un de ses tiroirs un flacon carré sur lequel je me suis mis à loucher.
C’était le meilleur whisky que j’aie jamais bu.
Pendant qu’on s’en cognait un verre, la secrétaire blonde s’est fait la valise.
— Vous savez pourquoi vous êtes ici ? m’a demandé Grane.
— Vaguement… Il paraît qu’il y a de la casse dans le secteur et que l’affaire revêt un petit côté français qui vous a fait réclamer le concours officieux de notre police ?
— Tout à fait officieux.
Il n’avait presque pas d’accent ; il aurait pu se faire passer pour Suisse à la Terrasse du Flore !