J'essayais d'ordonner ce tumulte, d'endiguer ce flot noir qui bouillonnait à l'entrée du véhicule, mais je devais m'occuper des bagages, entasser les corbeilles, les valises déglinguées, les panières, les cageots dans la remorque ; c'est alors que j'ai repensé à Mathias.
Oui, il me fallait un auxiliaire…
Je ne pouvais — si le public se révélait toujours aussi nombreux — m'occuper tout à la fois de la manipulation, de la conduite, de l'encaissement… Or, nombreux il le fut, le public.
A chaque départ, la même ruée s'est produite.
On aurait dit que ces braves gens, trop longtemps contenus dans leur pays par le manque de communications, ne se lasseraient jamais d'escalader le marchepied de l'autobus. Ils étaient tous très fiers de leur car.
Nous allions à V… le lundi matin, le jeudi matin (pour le marché aux légumes), le jeudi après-midi (pour le marché aux chiffons) et enfin le samedi tantôt.
Cet horaire était assez judicieux car il permettait de véhiculer les touristes en fin de semaine.
Petit à petit, les enfants du pays « expatriés » à la ville sont revenus passer les week-ends au village natal, puis ils ont amené des amis et l'on a vu bientôt, le dimanche, une foule de citadins en train de photographier l'église ou le château.
Ce que j'avais prévu se réalisait. Thiard n'en revenait pas et Maurois exultait.
C'est alors que j'ai parlé à ce dernier de Mathias. Je lui ai fait valoir mes raisons de m'adjoindre un employé ; il s'est immédiatement rangé à mon point de vue.