J'ai retrouvé Mathias à V…, un lundi matin. Il descendait les escaliers de la gare en balançant à chaque bras une énorme valise avec des gestes de pantin désarticulé.

— Hello ! a-t-il hurlé en m'apercevant. Zut, alors, pourquoi que tu t'es déguisé en chaisière ?

J'ai tapoté ma sacoche ventrue.

— Pour t'offrir à boire, idiot.

Nous nous sommes embrassés. Il regardait autour de lui en reniflant. Il paraissait ne pas sentir le poids de ses valises. Sans que je l'invite à le faire, il s'est approché des cars alignés à gauche de la gare.

— Lequel c'est, ton toboggan ?

J'ai fait un geste. Il a eu un large sourire extasié.

— Eh ben, mon salaud ! Tu ne te mouches pas du coude, dis-donc. Tu parles d'un petit bijou. Bien trop beau pour les petzous ; on doit avoir envie de ne charrier que des premiers communiants ou des rosières là-dedans !

Il s'est installé au volant pendant que je hissais ses bagages dans la remorque.