— Alors, lui ai-je demandé, ça te va toujours, l'idée de travailler avec moi ?

— Tu parles… vivre dans un bled, sans souci, avec un chic copain. Faire la belote, pêcher la truite, boire un bon coup… et s'occuper d'un bath petit carrosse comme ça… Y en a qui se feraient naturaliser « chleu » pour connaître ce bonheur-là…

Je redoutais vaguement que Mathias, ce gavroche exubérant, ne plaise pas à ma chère Hélène, si calme et si mesurée. J'ai eu la bonne surprise de constater que la prise de contact était excellente. Mon ami, malgré ses gamineries, était un garçon sensible et bien élevé. Il a su, d'un coup d'œil, porter sur ma compagne un jugement précis. Je m'en suis aperçu à la façon dont il s'est débarrassé de ses manières brusques et de son parler pittoresque.

— Mon vieux, m'a-t-il complimenté, tu as eu la main heureuse. Si tu crois qu'il existe quelque part dans le monde une autre femme comme celle-ci, je reprends mes valises et je pars à sa recherche.

* * *

Après avoir surveillé l'installation de Mathias à l'auberge de madame Picard, nous l'avons entraîné au pavillon.

— Mince, s'exclamait-il en traversant le parc, j'ai l'impression d'entrer dans un film. Vous savez, je suis le héros qui s'avance au-devant de l'amour sous les frondaisons vertes, nimbées de soleil…

Il a éclaté de rire.

— Je vais devenir romantique dans ce pays !… Dites, faudra-t-il que je me déguise en ménestrel pour vous rendre visite ?

Notre pavillon de chasse lui a fait pousser des cris. Il en a fait le tour lentement, en caressant le lierre du bout des doigts.