— Fais pas le malin, pauvre ballot.
Alors l'autre s'est fâché. Il est devenu furieux.
— Je vous em…, hurlait-il. Je me fous de vous et de vos flingots à la noix. Vous allez me descendre, et puis après ? C'est tout ce que vous pouvez contre moi. Vous m'entendez ?
Mes camarades n'ont su que répondre. Ça leur clouait le bec. Ils butaient contre un problème nouveau. J'ai eu l'impression que ce garçon comprenait pas mal de choses et j'ai éprouvé le besoin de lui dire que j'étais de son avis.
— D'accord, ai-je murmuré. On ne peut que ça contre toi, rien que ça. On est tous des hommes, que veux-tu…
Son frère espérait. Alors j'ai fait signe aux autres. Et nous les avons mis en joue.
J'ai tiré sur le plus jeune, entre les yeux, mais mon fusil n'était pas fameux et il a pris la balle en haut du front, à la naissance des cheveux. Il avait l'épi du bonheur…
L'aîné est resté un instant debout contre l'arbre. Il riait encore. Puis il a glissé sur le côté et ses mains se sont ouvertes comme des fleurs. Dans la droite il tenait un pompon de rideau. Ce n'était pas la peine de faire l'esprit fort.
Pour le cinquième, ç'a été affreux… Il se débattait. Il criait. Il suppliait qu'on le laisse vivre. La population hurlait d'allégresse, il s'agissait encore d'un jeune garçon, brun et frisotté, qu'on avait, paraît-il, découvert dans une mansarde où il se terrait en compagnie de sa famille. Il ne voulait pas mourir ; il se couchait par terre. Nous avons dû le traîner jusqu'au platane et le lier au tronc de l'arbre. Quand il a compris que la chose était inévitable, il s'est mis à gémir doucement. Nous l'avons fusillé à toute volée. Notre rage partait avec nos balles et fouaillait sa chair contractée.
On ne l'a pas détaché tout de suite. Il pendait dans ses liens.