— Non plus que tout ce qui a appartenu à mon passé.

— Ah…

— Et sais-tu où il s'arrête, mon passé, Pierre ?

J'ai baissé la tête.

— Tais-toi !

— Oh ! ce n'est pas au moment que tu crois. Il s'arrête à l'auto du docteur. Tu comprends, un cycle de souvenirs ne s'achève pas à une date, à une heure fixes. Lorsqu'il finit, on ne s'en aperçoit pas tout de suite ; on continue à exister, et puis tout à coup on s'arrête ; on écoute et on s'aperçoit que ça y est, qu'on s'est engagé dans une autre période.

— Alors, pour toi, ça a été l'auto ?

— Oui. Ça a dû se produire pendant que tu la réparais. En te regardant t'attaquer à cette vieille voiture, j'ai compris quel homme tu étais. Malgré ce que tu avais fait avant, pour moi je doutais encore. Je craignais que tu n'aies agi pour toi-même, pour t'épater, pour te soulager. Mais quand je t'ai vu démonter ce moteur pièce par pièce, tu m'es apparu tel que tu es. Je t'aime, Pierre. Oh, je t'aime tant !

Une ombre est passée devant la fenêtre et quelqu'un a frappé.

C'était le docteur Thiard.