— Eh bien, les amoureux ! s'est-il écrié en tapant ses grosses chaussures contre le mur ; on ne vous a pas vus au village, hier au soir. J'ai eu peur que vous ne soyez malades ou que la voiture ne se soit détraquée à nouveau.
Il a ri ; mais je savais qu'en effet son inquiétude concernant l'auto était sincère. Depuis qu'il me l'avait donnée, et surtout depuis qu'elle roulait, le temps lui durait de la B 2 ; aussi avions-nous projeté de la lui rendre à la première occasion.
Il s'est assis, le dos au feu, et je suis allé chercher la bouteille de marc.
— Ah ! Ah ! s'est-il exclamé. Elle n'est pas encore débouchée, il faut faire un vœu. D'où vient-elle ?
— De chez Muhet.
— Ça va, a-t-il dit d'un air profondément satisfait. Leur marc est excellent, mais une autre fois, prenez-le chez Passarot, où il est encore meilleur.
Il nous examinait en souriant et son regard de vieux griffon contenait beaucoup de joie et d'affection.
— J'ai une bonne nouvelle pour vous, a-t-il déclaré, ne pouvant plus se contenir. Asseyez-vous là, mes enfants, et écoutez-moi. Hier, je suis allé à la Citadelle, histoire de me rendre compte si la petite madame Maurois se remettait de ses dernières couches. Son mari m'a ramené en voiture et, en cours de route, m'a parlé de vous. Je crois que vous lui avez mis dans l'idée de transformer son gazogène en camion à essence. Depuis, il en rêve la nuit et perd le boire — ce qui est grave — et le manger — ce qui l'est moins. Il est décidé à profiter de l'hiver pour faire opérer ces transformations et il voudrait savoir si vous êtes capable d'effectuer ce travail avec l'aide de son chauffeur.
Cette offre me ravissait car les petits travaux que j'exécutais chez les cultivateurs de Saint-Theudère boudaient pendant la mauvaise saison.
— Docteur, me suis-je écrié, vous êtes notre Providence…