— Ne vous tracassez pas, me suis-je écrié, et croyez-moi, monsieur Maurois, je sais ce que c'est que le sommeil. Bon Dieu, j'en ai souffert comme d'une maladie, au début.
Le blessé a poussé une exclamation qui voulait ressembler à un rire.
— Vous n'y êtes pas. Je n'éprouvais pas le moindre besoin de dormir. Savez-vous pourquoi j'ai risqué nos deux carcasses ? Pour un malheureux lapin qui traversait la route !
Il s'est amusé de ma stupeur. Il semblait presque fier de lui.
— J'ai voulu le coincer ; ce salaud-là allait plus vite que nous. Dans l'ardeur de la poursuite, j'ai perdu le contrôle de la direction… Un vrai gosse… Vous ne m'en voulez pas, hein ?
A mon tour, j'ai ri.
— Voilà une chasse qui vous revient cher, ai-je fait remarquer.
Il a haussé les épaules.
— Baste, l'assurance paiera. Seulement, l'ennui est que le trafic est fichu. Le temps que je guérisse et que j'achète un nouveau camion, les péquenots auront pris l'habitude de charrier leurs denrées au chemin de fer, surtout que nous sommes en plein été… Enfin, je verrai.
Il a réfléchi avant de poursuivre :