Je lui ai sauté au cou. C'était un chic type, serviable et insouciant. Avec lui, tout était facile à comprendre et à supporter.

On ne pouvait s'empêcher d'éprouver de l'affection et de rire de joie en l'apercevant. Il aurait pu arriver chez vous pendant que vous étiez à table ou que vous comptiez vos économies sans que sa visite vous causât la moindre gêne.

Nous nous sommes hissés dans la cabine.

— Tu as le pognon et les tickets de gas-oil ? s'est-il inquiété.

— Yes.

— Alors en route.

Il s'est mis au volant.

Je riais de voir ses longues jambes repliées sous la direction.

Pendant la traversée de la ville nous n'avons presque pas parlé. Il fredonnait Lily Marlène; nous chantions beaucoup cette chanson pendant la guerre. Je ne sais plus qui avait adapté des paroles idiotes sur cet air-là. Mathias me regardait en clignant de l'œil et riait lui aussi d'allégresse. Lorsque nous avons attaqué la côte de Champagne, il s'est mis à me questionner.

— Raconte-moi ce que tu es devenu. Que s'est-il produit pour que tu disparaisses ?