La balle bien dirigée devait fatalement me perforer le palpitant, seulement les hommes ont pris l’habitude, depuis pas mal de temps, de mettre leur portefeuille sur leur cœur. Et dans mon larfouillet se trouve un petit calendrier de métal offert par une marque d’apéro.
Ce calendrier a formé blindage, il a empêché la balle de me rentrer dans le lard, mais il n’a évidemment pas diminué sa violence. La balle m’a seulement fait l’effet d’un terrible coup de poing au cœur et a provoqué cette syncope. Si vous ne croyez pas à l’efficacité de mon ange gardien après ça, vous n’avez qu’à reporter ce bouquin à votre libraire, afin de l’échanger contre un livre de cuisine.
Je me relève. Pas mal flageolant, le zigoto !
J’ai tout de même de la difficulté à respirer… Et comment ! J’ai l’impression d’avoir avalé une traverse de chemin de fer. Comme dit l’autre, ça me gêne pour rigoler.
Je m’assieds sur le divan de Gerfault : un truc innommable en peluche, ravagée d’un sinistre jaune albumine.
Je me cale le dos contre un coussin et j’attends un moment que ça passe. Je fais le tour de la pièce du regard. J’avise ce que je cherche, à savoir une bouteille de Calvados. Notez que je ne suis pas particulièrement porté sur le calva, mais j’ai tellement envie d’alcool que je boirais de l’eau de Cologne.
En geignant, je tends la main. J’attrape le flacon qui est posé sur un rayon et je me l’ajuste au trou que le Bon Dieu — un drôle de prévoyant — nous a percé sous le nez à toutes fins utiles.
Pour commencer, ça me fait salement tousser et je manque m’évanouir à nouveau… Puis, immédiatement après, j’ai le coup de fouet espéré…
Je déboutonne ma limace et je me masse doucement l’avant-scène. Je rebois une lampée de calva… Cette fois, je ne tousse pas.
Bon, je peux reprendre le fil de mes occupations. Pour me débarrasser du flacon de raide, je le pose sur son plateau, et je découvre alors un petit tas noir. Ce tas noir est constitué par du papier carbonisé.