Je vous parierais n’importe quoi contre autre chose que la môme qui s’amuse à trouer ses sacs à main et les vestes de flics est venue chez le suicidé de Genève pour y récupérer des papelards compromettant pour son fignedé. Elle opérait lorsque je suis arrivé. Alors, pour plus de sécurité, elle a brûlé les papelards avant de sortir. Qui est cette souris ? Est-ce la fille qui a téléphoné à l’hôtel Monseigneur, l’autre soir ?
Décidément, ça ne s’éclaircit pas du tout. Ma petite affaire devient même de plus en plus opaque.
Si la fille a brûlé des papiers, cela indique qu’il ne reste plus rien d’intéressant à apprendre…
Par acquit de conscience, je fais le tour de la cambuse, puis je les mets en me tenant les côtes, ce qui est vraiment une façon de parler.
Une fois à l’air libre, si vous me connaissez un peu, vous devez vous douter que mon premier soin est de pousser la porte d’un troquet et de commander quelque chose de vraiment sérieux…
Je vide d’affilée deux ou trois whiskies et je mets la main à la poche pour régler mon orgie. Je fais alors une curieuse constatation : le disque de métal que je conservais a disparu.
Ce disque ne s’est pas envolé comme une soucoupe, c’est ma miss Pistolet qui me l’a barboté, car je me rappelle que, durant mon attente dans l’escalier, je jouais avec…
Elle a eu le courage de me passer à la ratisse après m’avoir cloqué une pastille valda dans le poitrail ! Voilà une pépée qui a froid n’importe où sauf aux yeux. Je me sens brusquement comme un type à poil au milieu des Galeries Lafayette ! Ce disque, c’était devenu ces derniers jours comme ma raison de vivre. Il symbolisait le mystère au milieu duquel je flotte.
Maintenant, j’ai une preuve de plus concernant la valeur du disque. Et ma curiosité prend des proportions anormales. Elle est tellement énorme que si Barnum savait cela, il voudrait à toute force l’acheter pour la mettre dans une cage de verre.
J’ai tellement de « pourquoi ? » dans le caberlot que je pourrais en planter un plein champ grand comme la Camargue. Une affaire aussi obscure que celle-là, j’en ai jamais rencontré ! Rageusement, je lance un gros billet sur le comptoir et je regagne ma voiture. Puisque je suis à Montmartre, je vais aller faire un tour au restaurant de la rue Lepic, où tout mon patacaisse a démarré.