Je lui dis que San-Antonio me paraît très bien convenir. Il se marre, mais vite il réintègre sa self-respectability. Il décide que le mot en question doit être dromadaire.

Ça cadre au poil pour la verticale, et, en ce qui concerne l’horizontale, ça lui ouvre des horizons nouveaux. Allons, tant mieux…

Je me laisse choir sur une banquette et je dis à la serveuse de m’apporter un biberon complet.

Elle s’annonce, une bouteille de vin blanc sous le bras.

— Vous n’avez pas l’air en forme, monsieur le commissaire ? remarque-t-elle.

Je lui dis que j’ai reçu ma feuille d’impôts ce matin. Il y a du populo dans les azimuts. A la table voisine de la mienne, se tient un monsieur tout ce qu’il y a de soi-soi qui sirote un Vichy-fraise avec l’air de se demander pourquoi il s’est fourvoyé dans ce bistrot de matuches au lieu d’aller biberonner au Cintra comme il le fait habituellement.

A un certain moment, nos regards se croisent. Il me sourit comme l’abbé Jouvence.

Je me défie d’instinct des hommes que je ne connais pas et qui me sourient, car je redoute que ce ne soient des types de la pédale. Chaque fois qu’un de ces messieurs-dames m’a déclaré que j’étais son genre de beauté, je lui ai mis le portrait dans un tel état que même aux puces, il n’aurait pas trouvé à le vendre.

Je détourne mon regard et je m’absorbe dans mon verre, après en avoir absorbé le contenu.

J’entends un glissement à mes côtés. C’est mon voisin qui se rapproche de moi. Je sens qu’il va avaler une partie de son clavier avant qu’il ne soit longtemps.