— Alors, je lui demande, le programme ?

— Suivez la Seine, doucement… Je vous dirai lorsqu’il faudra vous arrêter.

Je prends une allure de taxi en maraude.

— Stop ! dit-il soudain.

Je freine.

L’homme aux cheveux gris se tourne vers moi.

— Nous voici à pied d’œuvre, déclare-t-il.

— C’est ça, fais-je. Alors je vais vous dire deux mots. Je n’ai pas l’habitude, mais alors pas du tout ! de suivre le premier type venu… Une souris, je ne dis pas, surtout si elle est convenablement carrossée, mais un type, jamais ! Vous allez illico me lâcher un peu d’éclairage sinon je suis tout à fait capable de vous arrêter sous le premier prétexte qui me traversera le ciboulot, vu ?

Il ne se frappe pas. Son flegme m’exaspère, mais aussi il m’en impose.

— Commissaire ! dit-il sur un ton de reproche. Commissaire, je comprends fort bien votre ressentiment et votre nervosité. Pourtant, je vous prie de considérer une chose : un homme qui apporte à la police des éléments intéressants sur une affaire ne tient pas à s’extérioriser beaucoup. Il ne se manifeste en général que pour dire l’essentiel. L’essentiel pour nous, c’est de vous avoir conduit jusqu’ici et de vous désigner la péniche peinte en gris fer qui est amarrée là.