Je redeviens le San-Antonio des grands jours, celui qui remplace les matières grasses…

Je suis tout contre l’homme aux cheveux gris.

— Vous êtes une triste ordure, je lui fais, votre disque, vous pouvez en faire votre deuil, mon vieux…

Je le saisis par la cramouille et je lui balance une torgnole dans la vitrine. Il vacille sur ses flûtes.

Si je voulais l’envoyer rejoindre Crâne-pelé dans la baille, je n’aurais qu’une bourrade à lui administrer. Mais je ne tiens pas à procéder ainsi car ce faisant je perdrais le plus important témoin de mon affaire. Et comme ce témoin est par la même occasion le principal inculpé, vous comprendrez sans qu’on vous l’écrive au néon dans la cervelle que je sois enclin à ne pas me séparer de lui. Un inculpé de cette catégorie, je l’aurai payé le prix !

Je le harponne sérieusement par le revers de sa veste. Il n’ose se débattre car le passage entre la citerne et le rebord de la péniche est large d’à peine cinquante centimètres et il a peur de culbuter.

De ma main droite, je lui colle un ramponneau sur la tempe. Puis je lui mets un revers… Et je recommence jusqu’à ce que ma main devienne dure comme un bloc de marbre, mon épaule inerte et mon adversaire mou comme une livre de nouilles cuites pendant trois mois.

Alors je fais deux ou trois mouvements de l’épaule pour redonner un semblant de vitalité à mon bras. Je charge l’homme aux cheveux gris sur mon épaule et je m’engage sur la passerelle.

J’arrive sans encombre sur la berge. Je jette l’homme aux cheveux gris par terre et je regarde la flotte noirâtre. Pas un bruit. Banski aurait-il eu la bonne idée de couler à pic ?

Après tout, c’est possible. Il ne savait peut-être pas nager. Et puis j’avais réussi à le sonner passablement, le frangin !