— Hum, je murmure, ça m’a l’air assez précaire comme équilibre. Ça vient de leur charognerie de drogue… Hier, j’ai eu une journée chargée et je suis tombé en digue-digue sur le soir…
— Je sais ! fait-il. Les gendarmes ont fait une enquête. Il paraît que vous erriez dans les rues d’une cité ouvrière avec des vêtements à demi consumés, ruisselant d’eau et empestant l’essence… Une péniche a brûlé dans la région à la même heure. Vous étiez à bord ?
— Oui…
Je me cramponne aux barres de cuivre du pageot. Mes flûtes trambillent comme celles d’un gnace qu’on entraîne à l’échafaud. Je découvre alors que le bien-être que je ressentais dans le lit était un faux bien-être, tout ce qu’il y a de synthétique, et que je suis mal en point.
Mon visage me cuit, mes mains, mes épaules… Et ma douleur à la poitrine a tendance à remettre ça…
Je me laisse choir sur mon lit.
Mon état attendrirait un troupeau de caïmans affamés ; il ne produit aucun effet sur le boss.
Pour lui, ce qui compte, c’est le job, encore le job et toujours le job. Il regarderait écarteler sa grand-mère sans sourciller.
— On va vous faire une piqûre, vous doper, décide-t-il, mais il est indispensable que vous me suiviez… J’ai ma voiture, on vous soutiendra. Vous n’avez aucune blessure ni rien de cassé, tout au plus des brûlures au premier degré et un commencement de congestion. On vous fera vos piqûres de pénicilline et, si besoin est, on vous ramènera ici, mais auparavant je veux tenter une expérience…
— Bien, chef…