Pas marrant d’attendre… Surtout de ne pas savoir ce qu’on attend !

De l’autre côté de la cloison, mon mec attend toujours lui aussi et, pour tout dire, il paraît plus nerveux que moi. A chaque instant, il se lève, marche dans sa carrée et va boire un verre de flotte dans la salle de bains voisine.

Il a essuyé le fard empâtant ses joues et sa peau couverte de sueur brille comme celle d’un nègre sous la clarté crue du globe électrique.

A un moment, j’aperçois ses yeux. Ils sont luisants comme des yeux de fauve et ils contiennent je ne sais quel indicible effroi.

Je sens qu’il se passe quelque chose dans le crâne de mon bonhomme. Quelque chose de vaste, d’immense… Quelque chose comme une tempête intérieure…

A un certain moment, il va s’étendre sur le lit et enfouit sa tête dans l’oreiller. Puis il pique une crise et tape les montants du lit, frénétiquement, avec son pied…

Il est à bout.

Oui, c’est un homme à bout de patience, à bout de nerfs qui trépigne sur ce lit d’hôtel.

Presque un pauvre homme, avec sa tenue de fausse gonzesse et sa gueule de clown, mal démaquillée.

Sa nervosité me calme, moi. Elle est l’indice que le cas de cet homme ne manque pas d’intérêt… Elle apaise mes remords.