— On les sème dans les petites rues de Grenelle, décide son compagnon.
Ça doit vouloir dire quelque chose pour elle, car elle ne demande pas un iota d’explications…
Elle ralentit l’allure afin d’obliger le taxi qui nous suit à ralentir itou.
C’est ce qui se passe. Puis elle tourne à gauche dans la rue de la Convention, ralentit encore et met la flèche à droite pour faire signe qu’elle va stopper. Comme elle s’arrête juste à un angle de rue, le bolide de Castellani est forcé de nous dépasser et file un peu plus loin en serrant le trottoir. Alors, la belle blonde, qui n’a pas coupé son moteur, fait une brusque marche arrière en braquant, ce qui la remet dans l’axe de la rue de la Convention et elle ne se fait pas prier pour appuyer sur le champignon. Je vous le garantis. C’est du grand art, sincèrement. Le vieux taxi doit s’empêtrer à faire une manœuvre dans la ruelle où elle l’a obligé à s’engager…
Je me souviendrai du truc… Si j’ai jamais la possibilité de me souvenir de quelque chose…
Elle fonce dans les rues, à gauche, à droite, mais sans perdre une orientation précise, en effet ; elle finit par retrouver la Seine, la traverse et remonte l’avenue de Versailles, en direction de Boulogne.
Nous retraversons le fleuve au pont de Saint-Cloud et nous nous engageons sous le tunnel de l’autoroute.
Je regarde avec nostalgie les flics en faction à l’entrée du tunnel, surveillant si les automobilistes ont bien allumé leurs lanternes.
Si je dois tenter quelque chose, ça doit être sous ce tunnel.
Tant pis pour mes os. Ici Muller est comme dans un piège car s’il y a du grabuge, il lui sera impossible de s’échapper de ce tunnel cerné par les bourdilles.