Il le sent bien, le bougre. Décidément il devine tout.
— Ne vous excitez surtout pas, fait-il.
— Je ne m’excite pas !
Au même instant, je décoche un terrible coup de tatane dans les chevilles de la fillette qui se met à hurler et j’écrase alternativement et à toute vitesse le frein et l’accélérateur afin d’imprimer à la bagnole de terribles saccades.
L’auto fait une embardée, se redresse, s’arrête presque, manque caler, repart, hoquette, tressaille, sursaute… Comme, en même temps que mon pied invisible opérait, j’ai plongé en avant, Muller, ballotté, ne peut tirer ! Il jure comme un charetier, lui si distingué ! Les voitures qui nous suivent écrasent leurs klaxons, l’une d’elles, qui arrivait à vive allure, emboutit une aile… C’est le gros badaboum ! Le pastaga maison ! Les bagnoles s’arrêtent… Y a du remue-ménage…
— Fonce ! Fonce ! hurle Muller.
Sa souris a repris ses esprits. J’essaie de lui enserrer les jambes avec mes bras, puisque je suis agenouillé sur le plancher de la guinde ; mais elle est nerveuse comme un panier d’anguilles.
Je m’attends d’une seconde à l’autre à bloquer une praline dans le dos.
Moi qui ai toujours eu peur de ça ! La mort, je la rêvais de face, comme les grands capitaines ! Oui madame…
Mais ça n’est pas une balle que je reçois ; c’est un coup de crosse au sommet du crâne.