Je ricane.
— La petite histoire, Muller, ça n’est pas vous, c’est moi qui vais vous la raconter. A l’ambassade vous avez été reçu par une dame d’un certain âge, une Française du nom de Fouex, à laquelle vous avez fait part de votre désir de contacter l’ambassadeur. Ils sont stricts là-bas sur les motifs des visiteurs, vous avez été obligé de révéler qu’il s’agissait d’une invention. La dame vous a alors mis en cheville avec son chef direct : le grand rouquin à lunettes. Vous avez expliqué de quoi il retournait à celui-ci et vous lui avez promis une commission pour le cas où l’affaire se ferait. N’est-ce pas ?
Il approuve lentement de la tête.
— Le gars a été très intéressé. Il vous a dit d’apporter l’invention, qu’il allait en référer en haut lieu… Mais il y a eu un temps mort, car la visite d’un souverain étranger, ami des Alliés de l’Ouest, accaparait ces messieurs de l’ambassade…
— Formidable ! murmure Muller. Vous êtes vraiment un policier d’une classe supérieure…
— J’ai été élevé au sein, je lui fais ; tous les chiares élevés au sein sont plus fortiches que les autres. Je continue ?
— Continuez…
— Seulement, quelqu’un qui n’avait rien perdu de l’histoire, c’était la mère Fouex. Elle a aussitôt combiné un petit cirque pour agrafer l’invention… Peut-être qu’elle était patriotarde, peut-être aussi qu’elle aimait les dollars, hein ?
— Comment le savoir ? soupire Muller.
— Peu importe, continué-je. Elle a pensé faire le coup avec son neveu. Elle ne pouvait agir seule… Et puis il lui fallait un comédien, c’est-à-dire un gars susceptible de se faire passer pour un ponte américain. J’ignore comment s’est opérée la tractation, mais elle s’est opérée, n’est-ce pas, monsieur Muller ?