— Debout ! ordonne le bourreau.

Il se lève en s’aidant du mur.

Je réprime un cri. Le gars a été salement charcuté. Il n’a plus de nez, plus d’oreilles et ses joues sont tailladées.

Il ressemble à ces photos de suppliciés comme les journaux de la Libération en publiaient.

— Regardez cet homme, dit Muller avec emphase. Il a parlé, croyez-moi… Malheureusement, ce qu’il m’a dit n’a pas servi à grand-chose… Je vous demande de m’accorder une minute d’attention, monsieur le commissaire.

Il approche son scalpel du visage de l’homme… L’autre est à ce point hébété qu’il ne réagit pas. D’un geste net, précis, Muller plonge la lame aiguë dans l’orbite gauche de son patient. L’autre a un hurlement atroce… Un cri qui va au-delà de l’humain rejoindre la bestialité intégrale de nos origines.

Muller n’a pas faibli, sa femme, qui assiste muette à la scène, n’a pas blêmi. Joli monde, mon vieux, joli monde ! L’homme aux cheveux gris a un second geste qui est le complément du premier. Il jette un petit machin rond et mou sur le sol de la cave. Je regarde l’objet et alors je suis obligé de me cramponner ferme au bastingage pour ne pas dégueuler lorsque je découvre qu’il s’agit de l’œil du pauvre mec…

Muller me fait face.

— Vous voyez bien, commissaire, que rien ne m’arrête et que je puis vous faire parler… Résisteriez-vous à un petit traitement de ce genre ?

Il appuie son revolver sur la tempe de l’homme énucléé qui gît râlant à ses pieds. Il presse la détente. Ça fait un plouff de vessie crevée. Une âcre odeur de fumée me pique le nez.