— Mort ! fait Muller. Mort…
« Je vais m’occuper de vous, maintenant. Une dernière fois, parlerez-vous ?
Il est comme fou. Et c’est très bien ainsi, car un homme surexcité perd toute prudence…
Pour réussir le programme que je mijote, je joue le type qui a sa dose de trouille.
Lentement, je recule dans l’angle de la petite pièce, je me ratatine, je me fais chassieux, frileux, loqueteux, déboutonné. Je mets mon bras replié devant mes chasses comme pour protéger mon visage.
Il respire bruyamment. Il savoure l’ivresse de sa victoire, car c’en est une que de flanquer les trembles à San-Antonio.
Il s’approche, lentement, pesamment, comme le gros méchant loup s’approche du petit chaperon rouquinos. Et c’est justement ce que j’espérais qu’il ferait. Chaque centimètre qu’il parcourt dans ma direction est, grâce au mou que j’ai donné à la chaîne qui m’entrave, autant de récupéré sur la longueur de mes possibilités.
Il s’approche encore… Je me retiens de bondir. Je me dis :
« Petit gars, sois calme… Laisse-le approcher… Si tu rates ton coup, tu es bon comme la romaine, il te passera au moulin à légumes… Compte jusqu’à quatre avant de rien tenter. Il n’est pas encore assez près… Tu as peut-être mal calculé. Un… Deux… Trois… »
Je n’y tiens plus. Je saute comme un jaguar ou un ressort à boudin. Rran !