Elle est debout devant moi… Ses beaux yeux durs et froids plantés dans les miens. Elle flotte dans une sorte d’horreur vaporeuse qui lui masque la sordide réalité ou plutôt qui la lui poétise, car il y a une poésie du meurtre !
— Eh bien, je lui demande, vous attendez quoi ? Que je vous dise merci ?
Comme une automate, elle fait un pas. Un pas en avant comme le font les gonzesses avec bibi… Et ce pas, mes petits rats, la met si près de San-Antonio que vous ne pourriez glisser votre feuille d’impôts entre nous deux.
Je prends ses hanches et je commence à la peloter, histoire de vérifier qu’elle n’a pas d’armes. Mais non, elle n’en a pas. Du moins pas d’autres que ses charmes…
Ce qu’elle peut être enamourée, la donzelle ! Oh ! madame… Comme si j’avais commencé à la guider dans les vertiges de l’amour. Pour ce genre d’ascension, je suis toujours premier de cordée, nature !
Ces petites Allemandes, la mort les excite… Elle est pâmée parce que nous avons deux cadavres à nos pieds, dont celui de son jules, et qu’elle mesure mieux l’ardeur de la vie… la fougue de son sang dans cette nécropole miniature…
Mais le petit San-Antonio n’est pas un sadique… J’ai pas besoin de porter mon alcôve dans les cimetières pour jouer le grand air d’Adam et Eve…
Alors, je la prends dans mes bras, juste comme Tristan ferait à Iseut… Et je la porte dans la pièce du dessus…
Et si Tristan avait fait comme moi, à partir de maintenant, il ne lui serait pas arrivé tous ces pépins !