J’ai ma main sur un petit caillou. Je le ramasse sans bruit. Et je le balance, d’une chiquenaude silencieuse devant moi, à travers le jardin. Il tombe sur une brique de la bordure. Le bruit fait sursauter le type qui lâche une giclée de balles dans cette direction.
Si j’étais certain que son magasin soit vide, je le choperais en corps à corps, mais rien n’est moins sûr.
Soudain, une fenêtre s’ouvre au premier étage.
Voilà Félicie qui joue à la pendulette suisse. Elle va mettre son renifleur à la croisée et crier coucou !
Mon zig lève son arme. A cette distance, à la mitraillette, il est probable qu’il ratera son objectif, seulement une balle perdue est toujours à craindre et n’a jamais fait de bien à personne.
Mais je crois rêver, car les coups de feu que j’appréhende ne partent pas de son clou, mais du flingue que Félicie vient de passer par la fenêtre.
Elle tire un coup, deux coups…
Les balles ricochent sur le gravier sans atteindre mon assaillant, car Félicie, si elle est une courageuse bonne femme, tire moins bien qu’une amazone… Elles suffisent néanmoins à lui faire comprendre que c’est scié pour lui.
Du reste, les voisins commencent à s’émouvoir. On entend des volets qui s’ouvrent, des voix qui s’interrogent.
Le gars pousse un juron et court à sa guinde. Il claque la portière et le tréteau décarre.