Je me relève.
Je crie à Félicie :
— Bravo, m’man, arrête le casse-pipes, il s’est barré !
Puis je sors pour voir ce qu’il est advenu de la femme. Elle est là, la figure dans le caniveau.
Je m’aperçois que son corps est littéralement criblé de balles. En quelques minutes, la malheureuse a dû se vider de son sang, à en juger par le ruisseau épais qui coule sur le trottoir.
Je la saisis par les bras afin de la retourner. Elle est toute disloquée. Elle a dû intercepter au moins vingt balles à elle toute seule. Et vingt balles dans une carcasse de souris, ça fait du dégât !
Je la mets sur le dos : je m’agenouille à côté d’elle, j’essuie avec son écharpe le sang qui enduit son visage. Et alors, je dis un mot. Un seul, celui que Cambronne balança aux English.
La femme en question n’est autre que la standardiste du palace de Genève.
Pour une surprise, vous avouerez que c’en est une.
Voilà une gosse que j’ai laissée ce matin, dans la chambre de l’hôtel, de l’autre côté des Alpes. Et cette nuit, elle est là, criblée de plomb, devant ma lourde. Butée par un gars qui me veut du mal !