Je jette mon crayon à travers la pièce et je bouquine ma prose. On a intérêt à résumer une affaire compliquée… Cela l’éclaircit toujours.

Je l’ai divisée en six parties et je reprends une à une chaque partie pour en tirer le maximum de conclusions.

1° Gerfault savait qu’il allait se déguiser en femme, puisqu’il avait les effets féminins avec lui. Mais il ne devait pas avoir l’intention de le faire aussi vite, car il aurait choisi un coin plus propice à ce genre de transformation, qu’un restaurant. 2° Le coup était préparé, puisqu’il est descendu à Genève dans un hôtel déterminé et qu’il y a attendu un coup de fil. 3° Le trois est le paragraphe le plus intéressant, à mon point de vue. Il prouve en effet : a) que la partie jouée par Gerfault était capitale puisqu’il n’hésita pas à se suicider en apprenant qu’il était trop tard ; b) que le disque vaut une fortune ; c) mais que des intérêts bien supérieurs entraient en ligne de compte, puisqu’ils motivaient la mort d’un homme. 4° La petite standardiste délurée a appris certains éléments de l’affaire. Elle était la seule personne à savoir qu’un policier français était sur le coup (très important, au fond, ce détail). 5° Pourquoi téléphoner de l’appartement d’une morte ? Le fait que feu Mme Fouex travaillait à l’ambassade américaine est-il pour quelque chose dans l’aventure ? Quels liens affectifs ou autres unissaient Gerfault à Mme Fouex ? 6° L’attentat de tout à l’heure prouve deux choses : a) il y avait quelqu’un (mon « tueur ») sur les traces de Gerfault. D’où la prise de contact du tueur avec la standardiste. b) le tueur considère comme essentiel que les personnes incidemment mêlées à l’histoire disparaissent. C’est-à-dire la standardiste et moi. Il a eu la standardiste. Il m’aura… ou plutôt, il essayera de m’avoir.

A force de réfléchir, l’inévitable se produit. Je pique du blaze et je m’endors.

Mon premier blaud, le lendemain, après ma douche et mon café, c’est de faire un viron à l’ambassade amerlock.

Je suis reçu par un lieutenant à figure géométrique, qui me considère exactement comme votre clebs regarde un os de gigot lorsqu’il se trouve nez à nez avec lui sur un trottoir.

— Vous désirez ? demande-t-il.

Je lui montre ma carte ; ça n’est pas fait pour apaiser sa méfiance.

— Vous avez eu ici, en qualité d’employée, une certaine Germaine Fouex…

— C’est possible, avoue-t-il. Et alors ?