Le type du labo s’éloigne. Il revient quelques minutes plus tard, flanqué d’un collègue et d’une valise. Il sort une paire de gants en caoutchouc de sa poche, les enfile et ouvre la valoche.

Dedans, il y a des vêtements d’homme : un complet gris de bonne coupe, à peine fatigué ; une chemise en nylon blanc, une cravate tricotée noire, des chaussettes noires, des mocassins de cuir noir.

Les deux gars se mettent en devoir de déloquer le Polak et de lui passer les fringues qu’ils viennent d’apporter… Ils n’oublient pas le slip…

Le chef assiste à la séance de strip-tease.

— Ça me paraît coller, dit-il.

— Ça colle, reconnaît le copain du laboratoire, ça colle à l’exception des chaussures qui sont trop justes… Ce type a des panards terribles ! Les chaussettes peuvent, à la rigueur, aller en mordant un peu sur le talon, mais les godasses, même en les mettant à la forme, on ne peut espérer les lui passer, car il est raide comme la justice, ce qui ne facilite pas les choses.

Le chef flatte de la main son élégante calvitie.

— Voilà qui est fâcheux, murmure-t-il… Fâcheux… Dites à Blachin de nous apporter toutes les chaussures qu’il aurait pu ramener d’Allemagne, ces temps-ci… Il est tellement coquet que, sans risque de se tromper, on peut penser qu’il en a rapporté douze paires ! Comme il chausse du quarante-six, ce serait bien le diable si on ne trouvait chaussure au pied de ce mort…

Ce qu’il y a de bien, avec le Vieux, c’est qu’il gamberge à tout. Avec lui, c’est comme avec les dentellières de Bruges : tout est fignolé de façon impec. Son idée des godasses de Blachin, c’est une petite merveille dans le genre système D.

Et comme il connaît bien ses zouaves !