Blachin, en toute impartialité, y a pas plus moche que lui sur la planète Terre : il est grand, gros, rouge, chauve, mafflu, plein de verrues avec et sans poils ; et ajoutez, pour couronner le tout, un air gland comme on n’en trouverait que dans une encyclopédie de la connerie à travers les âges !.. Sa qualité dominante : l’intelligence… Son défaut le plus discret : la coquetterie.
Il est coquet comme un pou ! Et il est persuadé que si on le présentait sur un plateau à Miss Univers, à côté de Mastroianni, c’est sa pomme que la donzelle choisirait, sans l’ombre d’une hésitation, pour jouer à papa-maman.
Tout son fric passe en costards et en linge fin. Il est le champion du tweed, du prince de Galles, de la tricotine, de la flanelle… Le roi de la chemise en soie, l’empereur de la cravate et le Zeus de la godasse. Il ramène de chaque expédition des fringues plus extraordinaires les unes que les autres dont il emplit ses armoires avec un ravissement d’Harpagon.
Cette marotte a du bon, puisque, grâce à elle, nous pouvons nous procurer pour notre mort des godasses made in Germany.
Deux jours plus tard, il a sa fausse dent, le Polak, et il est prêt pour sa mission.
Le chef me fait appeler.
— San-Antonio, je pense que, maintenant, la phase la plus importante — ou du moins, la plus délicate — de l’opération va se dérouler. C’est à vous de jouer…
— O.K., ça fait un moment que j’attends ça…
— Ce soir, un avion militaire vous conduira à Strasbourg… avec votre petit ami, le rigide…
J’éclate de rire.