Assis dans un fauteuil de la terrasse, j’examine le paysage, la mer toute proche, les palmiers… Il ne me manque qu’un coup de whisky. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais je deviens presque sobre ces temps-ci. Et la sobriété, si elle convient aux chameaux et aux équilibristes, n’est pas mon rayon. Au contraire… Pour bien gamberger et rester le caïd du coin, il me faut du raide dans les entrailles.

Je vais fureter du côté de la cave à liqueurs que j’ai aperçue au cours de mon tour d’horizon. Je déniche exactement ce que je désire, comme quoi on finit toujours par trouver ce qu’on cherche quand on veut bien s’en donner la peine.

C’est une bouteille de scotch, non décapsulée.

Je la déflore en moins de deux, je retourne faire sisite dans le transat et je l’ajuste à l’endroit que le Bon Dieu m’a donné pour cet usage, c’est-à-dire à mes lèvres. La bouteille étant pleine, je n’ai pas à renverser beaucoup la tête…

Tandis que je tète, je cligne des yeux. Un rayon fugace de soleil me pénètre droit dans les châsses. C’est d’autant plus curieux que, non seulement je suis à l’ombre, mais encore j’ai le dos tourné à ce que le poète appelle l’astre du jour !

A nouveau, le rayon de soleil danse sur la terrasse.

On dirait qu’un gamin s’amuse à capter ce rayon dans un miroir et à me le braquer dans le gicleur. J’aime pas du tout ces façons-là, moi… Oh ! mais pas du tout…

Je regarde en direction de l’éclat… Je vois qu’il provient d’une fenêtre d’un immeuble moderne situé de l’autre côté de la rue. A cette fenêtre, il y a un rideau dont un côté est légèrement soulevé.

Ce qui reflète le soleil, ce n’est pas autre chose que la lentille d’une lunette d’approche.

Quelqu’un m’observe à distance, embusqué derrière le rideau. Mais, sans qu’il s’en doute, le soleil l’a trahi. J’y vois un heureux présage. Si le soleil se range de mon côté, tous les espoirs me sont permis !