— Ma femme…
Je n’entrave pas très bien.
— Votre femme ?
— Oui… Je vais lui dire de radiner ici. Elle jouera à la blessée. Nous camouflerons le corps de la morte en attendant. De la sorte je n’aurai que le toubib à mettre dans la confidence, et je réponds de lui, c’est un dur ! On a fait le maquis ensemble !
Sans attendre mon avis, il va décrocher le téléphone et affranchit sa guenon sur le rôle qu’il espère lui faire jouer.
Il raccroche et se tourne vers moi, radieux.
— C’est une romanesque, dit-il, elle accepte d’enthousiasme. Comme ça, j’aurai une nuit de liberté, à quelque chose malheur est bon ! Eh bien, je vais chez mon pote pour l’affranchir. Dès que ma bonne femme sera là, téléphonez au numéro que voilà.
Il s’en va et je demeure seul avec le cadavre de la fille. Je profite de ce tête-à-tête pour fouiller le studio. Mais ce petit travail ne m’apprend rien d’intéressant. La nervosité me gagne. J’allume des gitanes que j’envoie balader. Je me dis : en voilà assez, assez ! Depuis des semaines je suis sur une affaire foireuse, tout ce que je touche s’effrite comme ces pierres poreuses bouffées par le temps…
Je me promène d’un bout de la France à l’autre, je gueule, je charrie des cadavres, j’en fabrique, j’interroge… Tout cela sans enlever le plus léger résultat.
Cette formule de l’appât de la morgue à Paris n’a pas l’air d’attirer les poissons… S’il y avait eu du neuf, le chef m’aurait prévenu. Tiens ! Il faudra que je lui passe un coup de fil, à celui-là !