— Il n’y a pas de cadavre, Pellegrini, pas de cadavre, mais une femme grièvement blessée, vous m’entendez ?

Il ouvre des gobilles formidables.

— Je suis peut-être bouché, mais du diable si je comprends où vous voulez en venir !

Je lui mets la paluche sur l’épaule.

— On a tué cette fille pour la faire taire, mon vieux. Comme les fumiers qui ont fait ça ont tiré à travers la porte, ils n’ont pu vérifier si leur besogne était accomplie. Ils le croient parce que la chose est probable, mais elle n’est pas prouvée. Je décide donc qu’un miracle a épargné la fille. Du moins partiellement ! Si vous le voulez, la version est la suivante : on a retrouvé une môme râlante. Plusieurs balles dans la poitrine, par miracle, aucun organe vital n’est atteint. Elle est extrêmement faible parce qu’elle a perdu beaucoup de sang. On lui a fait des transfusions. On espère que dès demain elle sera en état de parler…

— Je comprends, approuve Pellegrini, et vous espérez que les tueurs essaieront de la finir ?

— Juste. Quand on prend le risque de tuer une fille, c’est parce qu’on est absolument décidé à la lui boucler pour toujours. Nous allons installer une souricière quelque part. Et voilà pourquoi je vous ai demandé. Il me faut un endroit sûr, en fait d’hosto, et des types sûrs pour l’y conduire. Je ne tiens pas à ce qu’on chuchote que mon histoire est du bidon…

Pellegrini réfléchit.

— J’ai un ami qui est chef de clinique, dit-il, de son côté ça s’arrangera facile, mais on ne peut être assuré que les infirmiers, les ambulanciers, les gardes-malades feront le motus ; j’ai autre chose à vous proposer…

— Quoi ?