— Maintenant, voyons le reste, poursuit le chef.

Il ouvre un tiroir de son bureau et y puise un soufflant de gros calibre. Un engin pareil mérite qu’on lui retienne une vitrine au musée de l’armée… Ça doit cracher des noyaux gros comme des cigares, ce composteur-là ! Et, pour comble de raffinement, il est muni d’un silencieux…

— Prenez, dit le Vieux, c’est ce que les Allemands fabriquent de plus perfectionné… Il y a un chargeur de dix balles là-dedans, ce sont des balles explosives… Tirées à bout portant, elles font beaucoup de dégâts, beaucoup trop, vous me comprenez ?

Je vous comprends parfaitement, chef !

CHAPITRE II

DRÔLE DE TURBIN !

La voiture est une vieille Opel teinte en noir ; le chauffeur un Alsacien entre deux âges aussi loquace qu’une armoire normande.

Il fait une nuit d’encre sur cette belle région de l’Allemagne, et la route sinue dans des bois en décrivant des mouvements de grand-huit.

A mes côtés, sur la banquette, se trouve le rigide. Il est allongé, raide comme un poteau, les talons reposant sur le plancher de la voiture, le crâne coincé par le plafond, le reste de son corps dans le vide. Ça fait un drôle d’effet de se balader avec un compagnon de cette nature. Je vous jure bien que vous avez plus envie de lire les aventures de Bibi Fricotin que du Baudelaire !

Nous longeons sur une certaine distance un cours d’eau dont les jaillissements d’écume scintillent dans l’obscurité. Je sais, pour avoir potassé le trajet sur la carte, qu’il s’agit de la Kinzig, un affluent du Rhin.