Voyez-vous, tas de navetons, depuis le début de ce cirque bizarre je vais, je viens, me cognant l’entendement de-ci, de-là, comme une mouche prisonnière sous un verre. J’avale des trucs, j’écoute, je parle, je tue, je gueule… Mais je n’ordonne pas. Je ne recherche pas la logique rigoureuse, la logique lumineuse grâce à laquelle tout se clarifie, tout devient simple et facile à entraver.

Ainsi, lorsque la fausse infirmière m’a dit que sa bande de noix était au courant de mes faits et gestes à cause de quelqu’un qui me surveillait, je n’ai pas réagi. Et cependant y avait de quoi sauter en l’air, non ? Vous ne voyez pas ? Alors c’est que vous êtes encore plus pochetés qu’un troupeau d’oies.

Si quelqu’un qui me suit est au courant de mes déplacements à Strasbourg, puis à Cannes, ce quelqu’un ne peut être que feue la petite Rachel, laquelle avait déjà fait son petit saut périlleux par la fenêtre de la mère Tapautour ! Donc, ça n’est pas Rachel que le clan Bunks avait attachée à mes semelles de crêpe !

C’est quelqu’un d’autre que je n’ai pu encore découvrir… En ce cas, qui était en réalité Rachel ?

Une sueur froide ruisselle le long de mon échine. Est-ce que par hasard j’aurais scrafé une gonzesse innocente ?

S’il en était ainsi, illico, je cloquerais ma démission au Vieux et j’irais quêter le long des chemins avec une robe de bure sur le râble.

Pourtant, si Rachel avait été en dehors du coup, pourquoi aurait-elle fouillé mes fringues ? Pourquoi aurait-elle embarqué l’épingle d’or ? Pourquoi m’aurait-elle dit qu’elle refusait de me donner la moindre explication ?

J’ai besoin de la voir…

Il me semble que, morte, elle m’en dira plus long que vivante.

Je trouve un de mes collègues dans le bureau du gardien de la morgue. Ils font la belote comme deux bougres, rigolant, buvant le godet…