— Vous mangeriez pas un petit quelque chose ?

Comme je ne réponds rien, il dit :

— Allez jeter un coup d’œil dans le frigo…

Je frappe un grand coup de plat de la main sur son comptoir.

— Bon Dieu ! c’est la voix de la raison qui sort de vos lèvres lippues, je m’écrie… Le frigo ! Il ne me reste plus que ça !

Je file, sans songer à m’excuser.

— Taxi ! A la morgue, s’il vous plaît…

Pourquoi à la morgue ?

Eh bien, je vais vous faire un aveu : je n’en sais absolument rien. Ou plutôt, au moment où j’ai décidé d’y aller, je n’en savais rien.

C’est le mot frigo, prononcé par le patron du bistrot qui m’a décidé. J’ai obéi à une sorte de réflexe… Seulement, maintenant, je sais pourquoi j’y vais… Et j’admire ce vieil instinct qui me fait agir avant mon cerveau.