— Rien !
Je sors sans rien ajouter à cette déclaration que j’estime bien sentie.
Comme toujours lorsque ça ne carbure pas, je vais au troquet.
Le patron est en train de s’offrir une tranche de saucisson format Michelin pour tracteur agricole.
— Vous ne vous laissez pas abattre, je lui dis, bourré d’amertume jusqu’aux paupières.
Il hausse les épaules.
— Y a pas de raison, déclare-t-il.
— Quand je pense, je murmure, que j’aurais pu, moi aussi, tenir un troquet au lieu de risquer mes abattis ! la vie de château, quoi ! à me faire du lard derrière un zinc : jouer à la belote, casser la croûte, peloter la bonne… Compter la recette en fin de journée, ça, c’est la belle vie !
Il ricane, l’enflure ! il dit que ça n’est pas sa faute si la vie est encombrée de gars qui n’ont en tête que l’idée bien arrêtée d’emmerder leurs contemporains… Puis il propose son éternel blanc.
— C’est ça, un blanc, je fais… Et sers-moi ça dans une lessiveuse, faut que j’oublie…