— Oh ! passe la main et sers à boire !
Au quatrième blanc, la porte s’ouvre devant Grignard en blouse blanche.
— Voilà, commissaire.
— Tu vides un verre ?
Je lui propose ça vraiment pour la forme car Grignard est foncièrement sobre. La vue d’un verre de vin le chavire.
— Non, merci, pas le temps…
Je jette un coup d’œil à l’image tout humide et je la serre précautionneusement dans mon portefeuille.
Mon petit doigt qui, à l’occasion, est un petit futé qui m’affranchit sur tout, me chuchote que cette fois-ci, je tiens le bon bout. Et quand je tiens le bon bout, tous ceux qui me connaissent vous diront que je ne le lâche plus ; c’est ma caractéristique principale.
Un petit monsieur aimable me reçoit à l’ambassade soviétique. Il est au courant de ma visite et m’attend. Il parle sans accent ; sa voix est douce, ses gestes feutrés. Il a le front très dégarni, la bouche épaisse, deux rides profondes la mettent entre parenthèses. Il porte un complet mal coupé, couleur gris impersonnel.
— Il paraît que vous désirez un renseignement ? me demande-t-il.