— N’ayez pas peur, dis-je, je suis de la police… Je traque un homme en voiture, il faut coûte que coûte que je le possède…

Il est hébété. C’est un vieux bonhomme plein aux as qui doit aller rejoindre une souris dans une auberge des environs. Je le repousse d’une bourrade et je prends sa place.

Ça fait une impression merveilleuse de sentir tous ces chevaux puissants rangés sous le capot.

Le temps de compter jusqu’à dix et l’aiguille du compteur se pose délicatement sur le cent. Le temps de compter encore une fois jusqu’à dix et je rattrape Bérurier. Je le dépasse. Je ne vois plus la voiture du faux Bunks en parvenant au carrefour.

Une main glacée me serre le corgnolon.

J’hésite un millième de seconde, puis je prends tout droit comme je l’avais primitivement décidé. Je fais une petite prière pour ne pas m’être foutu le doigt dans l’œil car alors je n’aurais plus qu’à m’arrêter chez un marchand d’articles de pêche afin de faire l’emplette d’un attirail.

Cinquante mètres après le carrefour, il y a une fourche. A l’intersection, je ne vois toujours rien.

« Voyons, me dis-je, en allant vite, qu’est-ce qui est le plus facile à prendre comme direction ? J’opte pour la gauche… Cette fois, je monte à 130… Les bonniches grimpent sur les pelouses avec leurs voitures d’enfants et leurs militaires en m’entendant arriver. Le vieux daim à mes côtés est en train d’ajuster son râtelier du bout de la langue. Il tremble comme une feuille et il est sur le point de s’évanouir. Je n’en ai cure, comme disent les grognaces qui ont de l’instruction et la parole facile !

L’aiguille maintenant taquine le 140 !

— Vous allez nous tuer, gémit le vieux de la bagnole.