— Pas d’importance, je lui réponds afin de le tranquilliser.
— C’est de la folie, hasarde-t-il encore.
Je pousse un rugissement de joie. Devant moi, il y a la bagnole de Plumet et Karl Bunks, au volant…
Je ralentis considérablement… Maintenant, je n’ai plus qu’à le suivre. Je me félicite de mon coup d’audace. Avec une carriole comme la Lancia, je suis certain de ne pas me laisser semer du poivre ; par ailleurs, elle ne peut éveiller les soupçons du fugitif… Comment qu’il connaît Paris, le gaillard. Il fonce sans bavure jusqu’à la porte d’Auteuil. Une fois là, il oblique sur la droite et pénètre dans Boulogne… Nous franchissons cinq cents mètres et il tourne dans une toute petite rue bordée d’acacias.
C’est plein de baraques cossues ici. Je vois la 404 qui stoppe un peu plus loin. Afin de ne pas lui donner l’éveil, je rabats mon chapeau et je le double. A la première rue, je prends à gauche et j’arrête.
— Voici, je fais au vieux tombereau ; il ne me reste plus qu’à m’excuser et à vous remercier.
Je sors ma carte.
— Ceci pour vous prouver que je suis réellement un policier. Maintenant, il est normal que vous jugiez sévèrement ma conduite, j’ai agi d’une façon un peu cavalière, je le sais, mais nécessité oblige. Si vous tenez à déposer une plainte, faites-le, c’est votre droit et je ne vous en voudrai pas le moins du monde.
Sur ces paroles véhémentes, je le quitte. Bunks — je continue à lui donner ce nom à défaut d’un autre — vient de pénétrer dans un pavillon aux volets clos. Depuis l’angle de l’autre rue, j’ai entendu la clochette de la porte qu’il a agitée d’une façon convenue. J’avance à pas de loup, jusqu’à la porte en question.
Je prête l’oreille et ne perçois aucun bruit. Pourtant, il y avait bien quelqu’un dans ce pavillon, puisque l’autre a sonné et qu’on lui a ouvert ?